Un service militaire pas si “volontaire”



« Celui qui ne connaît pas son histoire est condamné à la revivre ».

Alors plongeons-y, et voyons ce que le passé nous chuchote, ou plutôt nous hurle, sur ce fameux service militaire présenté comme « volontaire ». Nous verrons le cas français, les exemples européens et un détour outre-Atlantique. Est-ce que nous n’avons vraiment rien à craindre ? Ou bien sommes-nous face au plus vieux cheval de Troie du pouvoir ?

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L’histoire, malheureusement, a la mauvaise habitude de repasser les plats. Non pas par manque de créativité, mais parce que la mémoire collective s’effiloche comme une couture de fast fashion. Et disons-le franchement : ce que vous allez lire ici, vous ne le trouverez pas dans les manuels scolaires, soigneusement édulcorés pour ne pas froisser le récit officiel.

Nous parlons volontiers des guerres, de leur déroulement, de leurs vainqueurs. On évoque beaucoup moins comment tout a commencé… et c’est là que les choses deviennent intéressantes. Car tout commence très souvent par un dispositif aux mille noms, toujours présenté avec un clin d’œil rassurant : « volontaire ».
Rassurant, vraiment ?

Mes chers lecteurs, je sais que vous n’êtes pas dupes. Et grâce à cet article, vous aurez même quelques arguments croustillants à glisser lors des fêtes de Noël… pardon, des fêtes d’hiver. Il fallait bien la placer, celle-là.

Si cette rhétorique du volontariat vous rappelle quelque chose, c’est normal. Nous l’avons revue récemment durant la crise sanitaire : une « protection » facultative qui, comme par magie, s’est transformée en obligatoire, sous un manteau high-tech au parfum de QR code. Vous voyez très bien où je veux en venir.

Alors ouvrons les archives. Hier, c’est aussi demain.

France

1789–1792 : le volontariat “patriotique”
Au début de la Révolution, l’Assemblée appelle les citoyens à défendre la Nation. Les « bataillons de volontaires » se forment, les discours sont vibrants… mais les rangs nettement moins. Quand l’idéal rencontre la réalité du front, l’enthousiasme fond.

1793 : la levée en masse — fin du mythe volontaire
La France manque d’hommes pour résister aux monarchies européennes. La Convention décrète alors la levée en masse le 23 août 1793 : tous les hommes valides entre 18 et 25 ans sont mobilisés. En un claquement de doigts, le volontariat devient obligation nationale. La première conscription moderne est née.

1798 : la loi Jourdan-Delbrel — l’institutionnalisation
La loi affirme que « tout Français est soldat ». Cette fois, c’est clair : l’obligation devient le principe, le volontariat le décor. Le modèle structure tout le XIXᵉ siècle.

1804–1815 : l’Empire et le “volontariat” de façade
Napoléon adore les volontaires… sur l’affiche. Dans les faits, il recourt massivement à la conscription. Les appels au volontariat servent de paravent politique à un système impopulaire et coercitif.

1815–1848 : Restauration et Monarchie de Juillet — l’illusion du choix
Le service se fait par tirage au sort, avec la possibilité d’acheter un remplaçant. Le volontariat est présenté comme noble, mais la réalité est simple : les pauvres servent, les riches s’en sortent. L’obligation reste la règle.

Second Empire (1852–1870) : le volontariat “encouragé”
Napoléon III tente de relancer l’engagement volontaire : primes, patriotisme, communication… Résultat modeste. Le socle reste obligatoire, et l’État durcit quand il veut. Le volontariat est un outil de façade.

Troisième République (1872–1913) : la conscription totale
Après la défaite de 1870, on copie le modèle prussien : l’armée de conscription. Le volontariat devient marginal. En 1905, service obligatoire pour tous ; en 1913, il passe à trois ans. Le débat est clos.

1914–1918 : le volontariat disparaît
Pendant la Grande Guerre, tout repose sur la conscription. L’appel au volontariat existe symboliquement, mais ne sert plus à rien.

1945–1997 : le service obligatoire “moderne”
Le système reste obligatoire, assorti de quelques volontariats encadrés. Le socle ne change pas.


Europe

Prusse puis Empire allemand
Après l’humiliation de 1806, on appelle au volontariat patriotique. Peu concluant. On bascule vers une conscription quasi universelle, qui deviendra la force du modèle prussien-allemand. Le volontariat n’aura été qu’une marche d’approche.

Italie (unification)
Garibaldi et ses volontaires ont bonne presse. Mais une fois l’Italie unifiée, l’armée a besoin de prévisibilité. On adopte la conscription dès les années 1860–1870. Le volontariat n’était qu’un levier pour créer l’unité nationale.

Royaume-Uni (Première Guerre mondiale)
Pays de l’armée volontaire par excellence. En 1914, immense campagne pour recruter : les célèbres affiches de Lord Kitchener. En 1916, face aux pertes, le pays renonce à son sacro-saint volontariat et impose la conscription. Fin de la légende.

Autriche-Hongrie
L’empire tente d’obtenir des volontaires pour afficher l’unité. Le résultat est maigre. La conscription universelle s’impose vite, stricte et indiscutable.

Espagne
Système hybride : volontaires, tirage au sort, remplaçants payants. Quand les guerres coloniales s’intensifient, l’obligatoire devient incontournable. Le volontariat n’était qu’un tampon bureaucratique.


États-Unis

Guerre de Sécession
Nord et Sud commencent en mode volontariat. Patriotes, idéalistes, enthousiastes… oui, quelques mois. Puis la réalité de la guerre longue s’impose. On adopte la conscription en 1862–1863. Résultat : émeutes, notamment à New York. Quand c’était volontaire, tout le monde applaudissait. Quand ça devient obligatoire, bizarrement, l’ambiance change.

Quel doux parfum de liberté sur fond de consentement libre et éclairé ! Vous ne trouvez pas ?

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